Escape GameToulouseArkanesKidnapping présidentiel

Kidnapping présidentiel

45% Fouille
20% Manipulation
35% Réflexion
  • Thème
    Enquête | Explorateur
  • Durée
    75 min
  • Niveau
    Intermédiaire
  • Immersion
    👍 Très bien
  • Prix
    20 - 28€/joueur
  • Nombre de joueurs
    3 à 8 joueurs

Arkanes a été parmi les premières enseignes d’escape game à ouvrir à Toulouse. Dès mars 2016, elle s’installait dans le centre de la ville, tout près de la place Saint-Pierre.

Nous avions beaucoup aimé la première room de l’établissement, « Olga Faradèche », qui nous avait fait rire et nous avait surpris par son côté authentique et home made. En août 2019, elle a laissé place à un tout autre scénario, « Kidnapping présidentiel », qui fut aussi un temps connu sous le nom de « Une affaire d’État ».

Les escape games abordant des thématiques politiques sont rares. Trop rébarbatif ? Pas assez fun ni dépaysant ? Sans doute. À l’heure d’écrire ces lignes, en octobre 2020, il n’en existait qu’un seul autre en France, coécrit par l’humoriste Guillaume Meurice et jouable à Kairos Escape à Paris. « Kidnapping présidentiel » est dans la même veine : satirique, impertinent et irrévérencieux, ce jeu entend mettre en lumière les déclarations aberrantes de ceux qui nous gouvernent et les passe-droits dont ils bénéficient parfois.

Juste avant d’entrer dans la salle, sa créatrice nous confie une lampe à huile à la lueur de laquelle nous nous apprêtons à découvrir les lieux. « Il y a 15 jours, Macron a dit que si on était contre la 5G c’est qu’on était des Amish et qu’on était pour le retour de la lampe à huile, donc j’en ai bricolé une exprès. » Le ton est donné…

Le scénario

« Des anarchistes ont kidnappé le président de la République, et c’est pas de René Coty dont il s’agit. Les forces armées arrivent dans 75 minutes pour le libérer. Le gouvernement offre une prime d’un million d’euros pour le sauver. Votre mission : le retrouver. La suite, c’est vous qui déciderez. Le libérer, le traduire en justice ou peut-être quelque chose de plus direct ? »

En avril 2020, pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19, nous avions eu l’occasion de tester un jeu en ligne directement adapté de cette room. Il nous avait divertit mais ne nous avait pas entièrement séduites. Pour affiner notre avis, nous avions à cœur de vivre l’aventure « pour de vrai ». Grand bien nous en a pris !

L’expérience dévoile en effet tout son potentiel en live, et ce pour plusieurs raisons. La première, c’est que durant votre mission à Arkanes vous profiterez d’une bande-son punchy hyper travaillée. Un mix d’électro et de… répliques cultes d’Emmanuel Macron – il n’est jamais mentionné dans les quelques lignes de scénario, mais le président kidnappé, c’est bien évidemment lui ! Les haut-parleurs crachent ainsi régulièrement des « nous sommes en guerre » et autres « ceux qui ne sont rien ».
Cette ambiance sonore cristallise l’un des points forts de l’aventure, elle diffuse une énergie communicative qui contribue fortement à l’immersion. Elle pourra en outre évoluer et réagir à vos actions ou à des questions que vous vous poserez à voix haute. Drôle et surprenant.

Mais il n’y a pas que la bande-son de « Kidnapping présidentiel » qui est drôle, les décors le sont aussi à leur façon. Rappelons le contexte : vous entrerez dans le QG d’un groupuscule d’extrémistes anarchistes qui ont kidnappé le chef de l’État français. La salle fourmille d’allusions caustiques à l’actu politique, qui ne servent pas toujours au jeu et feront sourire celles et ceux qui suivent un minimum le quotidien des hommes qui nous gouvernent.

La room a de vraies allures de squat : pièces peu éclairées, murs recouverts de tags, tenues anti gaz lacrymo au sol, articles de presse dénonçant les agissements peu éthiques de Fillon, Benalla ou encore Cahuzac… La créatrice a en quelque sorte réussi à mettre en scène un bordel organisé.

Une énergie radicale, des messages limpides, un jeu fluide

L’intérêt de cette salle ne réside pas dans le jeu lui-même mais dans l’énergie radicale et brute qu’il parvient à transmettre ; il ne réside pas non plus dans les énigmes elles-mêmes mais dans les messages politiques limpides qu’elles parviennent à véhiculer. Et un tel exercice n’est pas si simple ! Car en plus de tourner en dérision les exploits de nos gouvernants, Arkanes déroule un jeu très fluide, rythmé, clair et divertissant.

Deux bémols néanmoins : on peut regretter que « Kidnapping présidentiel » ait un gameplay un peu old-school, que le jeu manque de manipulations comme on en trouve désormais beaucoup dans les escape games – il est cependant important de noter que malgré cela, l’aventure d’Arkanes ne compte pas énormément de cadenas.
Il est également dommage que les énigmes ne soient pas vraiment intégrées à l’intrigue. Encore que… Les ravisseurs auraient enfermé Macron dans une pièce sécurisée protégée par de créatifs casse-têtes exprimant leurs opinions politiques, c’est une hypothèse !

Les dernières minutes du jeu sont originales et séduisantes, de par les choix multiples qu’elles proposent. Le scénario l’annonce clairement : une fois que vous aurez retrouvé le président, vous pourrez « le libérer, le traduire en justice ou peut-être quelque chose de plus direct ? » La liberté ? Le tribunal ? La mort ? À vous de décider. De ces options pourront naître des débats au sein de votre équipe, entre les plus radicaux (« tuons-le »), les plus Suisses (« tout me va »), les plus légalistes (« le respect de la loi avant tout »)… La dernière énigme dépendra directement de l’issue que vous sélectionnerez.

Un escape game à l’origine d’une polémique nationale

Lundi 5 octobre 2020, jour de notre test, nous avons publié plusieurs posts sur les réseaux sociaux au sujet de cette room. Ils ont été remarqués par un journaliste du quotidien régional La Dépêche du Midi, qui a immédiatement contacté la gérante d’Arkanes afin d’écrire un article au titre percutant : « Une salle de jeux propose de “tuer” Emmanuel Macron ». L’information est rapidement devenue virale et « Kidnapping présidentiel » a, dans les jours qui ont suivi, fait l’objet de toutes les polémiques dans les médias, nationalement et même internationalement. Web, presse papier, radio, télé… Un impressionnant buzz dont le point d’orgue fut sans doute le passage de la fondatrice de l’enseigne, Camille, en direct sur LCI pendant un petit quart d’heure le 12 octobre :

 

De nombreux éditorialistes et internautes se sont alors indignés contre ce jeu « incitant au crime ». Interview après interview, la créatrice n’a eu de cesse de défendre son droit à la caricature, sa liberté d’expression, rappelant à juste titre que celles et ceux qui choisissent de mettre fin aux jours du président effectuent un acte symbolique, qu’il ne s’agit que d’un jeu. « Les joueurs sont libres de leur choix et le tuer n’est qu’une des trois options, rappelle-t-elle en outre. Ils peuvent très bien le libérer s’ils le souhaitent. » Après ce tollé, Camille envisage d’ailleurs d’ajouter une 4e option « à laquelle [elle n’avait] pas pensé » : la destitution.

Un tel escape game est-il pénalement répréhensible ? D’après l’avocat Pascal Nakache, avocat au barreau de Toulouse interrogé par La Dépêche du Midi, « les risques sont minimes ». Le même poursuit sur le site web de 20 Minutes : « Si le parquet décidait de la poursuivre, sous quel motif le ferait-il ? Probablement sous celui de l’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique ou sous celui de l’incitation à la violence. »

Juliette Chapelle, avocate pénaliste au barreau de Paris, toujours dans 20 Minutes : « Le scénario de l’escape game aurait pu être considéré comme un délit d’offense au chef de l’État, mais celui-ci a été supprimé en 2013, dans la foulée d’une décision de la Cour européenne des droits de l’homme. » Et de rappeler que « les deux hommes qui avaient pendu un mannequin d’Emmanuel Macron lors d’une manifestation ont été condamnés à un stage de citoyenneté, donc nous ne sommes pas sur des condamnations pénales fortes ».